En 2003, au début du printemps, comme lors de mon premier séjour (en 1998, voir plus loin), le contraste climatique est très net entre, d’une part, l’île de Kyûshû avec ses palmiers et ses arbres en fleurs, et, d’autre part, Hokkaidô et ses neiges qui n’ont pas encore fini de fondre, même au niveau de la mer! Etonnant pour un européen, alors que Sapporo, ville de plaine, est à la même latitude que Bastia ou Perpignan! Les météorologues nous expliqueraient sans doute que cela découle de l’anticyclone sibérien, encore présent à cette époque et qui, sur son flanc est, dirige un flux de secteur nord. Et puis, tout le monde ne bénéficie pas des douceurs apportées par le Gulf Stream.

         Après une douzaine d’heures d’avion, en allant survoler jusqu’au nord de la Sibérie (Joignez Paris et Tokyo avec une ficelle sur une mappemonde; vous verrez que le plus court chemin passe aussi haut!) et ses vastes étendues gelées (qu’on ne voit qu’au retour, quand le vol s’effectue de jour), je suis arrivé non pas à Tokyo, mais près d’Osaka, à Kansai Airport.

         De cet aéroport, construit sur une île artificielle, on gagne le pays par un pont supportant voie ferrée et route. Dans mon cas, le train m’a conduit directement à Kyoto. Dans cette ville, qui m’a hébergé cinq nuits, j’ai participé trois jours pleins à un symposium, que j’ai fait précédé par deux incursions touristiques. Le premier aller-retour m’a conduit dans une toute petite ville thermale, du nom de Kinosaki, sur la cote de la mer du Japon. Le second, voyage incontournable, m’a fait visiter, pour la seconde fois, la ville de Nara, chargée d’histoire.

         Il y a une multitude de sites à visiter à Kyôto. Nous nous sommes contentés du Château Nijô, qui vaut le déplacement. Mais il ne fallait pas s’attarder, car un  long périple attendait.

         En effet, dès vendredi matin, je montais dans le Shinkansen en direction de Hakata, sur l’île de Kyûshû, où je devais changer de train et prendre l’express Kamome (la Mouette) qui avait pour terminus Nagasaki, ma destination, pour un peu moins de vingt-quatre heures.

         Cette ville, comme Hiroshima, en 1945, a eu le terrible privilège de voir expérimenter la bombe atomique sur sa population. Il va donc de soi que nombre de bâtiments anciens ont disparu. Cependant, on doit souligner l’effort accompli pour mettre en valeur la géographie et l’histoire de cette cité. C’est, en effet, ici que les Portugais puis les Hollandais ont pris contact avec la civilisation japonaise, vers les XVIème et XVIIème Siècle, avant que le pays ne se referme, jusqu’au milieu du XIXème Siècle.

         Samedi matin, départ de Nagasaki pour aller d’une traite à Tôkyô. En fait, cette fois-ci, la capitale du Japon ne m’a pas vu séjourner longtemps: deux nuits. Et encore, entre les deux, je suis allé passer la journée du 31 mars à Nikkô, petite ville touristique très connue, dans le centre de l’île principale, Honshû, dans l’amorce orientale de la chaîne montagneuse qui sert d’épine dorsale au pays. Au reste, comme on le verra plus loin, on y trouvait çà et là de la neige résiduelle. Chargée d’histoire, cette ville l’est assurément, mais, parfois, certains critiquent ce qui peut apparaître comme une « surcharge » en bâtiments et monuments les plus divers.

         Au matin du 1er avril, embarquement dans le TGV japonais de la ligne Tohoku (vers le Nord). Passage dans l’importante ville industrielle de Sendai, puis Morioka et changement de train en gare de Hachinoe. Et oui, le Tohokusen s’arrêtait là. C’est encore le cas en 2008, en attendant que soit achevé le tronçon suivant, qui atteindra l’île la plus septentrionale, Hokkaidô.

         Pour les personnes peu familières de la géographie ferroviaire mondiale (ce qui fait beaucoup d’humains!), signalons qu’au Japon, coexistent deux réseaux: l’ancien, très étendu, à écartement étroit (1,075m) et le nouveau, commencé en 1964 avec le Tokaido, vers Nagoya et Osaka, à écartement dit « normal » (comme notre réseau) de 1,0435m.

         Par conséquent, pour la même raison qui m’avait obligé de changer à Hakata pour me rendre à Nagasaki, j’ai du changer à Hachinoe pour continuer sur Hakodate. Cette dernière ville, comme on peut le voir sur la carte, se situe vers le sud de l’île de Hokkaidô. Historiquement, elle joua un rôle important dans les échanges internationaux, mais beaucoup plus tard que Nagasaki, à savoir au XIXème Siècle.

         Pour relier les îles de Honshû et de Hokkaidô, les Japonais ont mis en service le Tunnel du Seikan, il y a une vingtaine d’années. Son contexte géologique et géographique diffère sensiblement de celui du Pas de Calais. Aussi, bien que la longueur de l’ouvrage soit comparable au Tunnel sous la Manche, sa profondeur atteint les 300 mètres. De plus, les précautions inhérentes à toute zone séismique ont dû être prises.

         Côté climat, la surprise est venue dès le dépassement de Morioka, dans le nord de Honshû. Au niveau de la mer, on voyait encore des champs couverts de neige, en train de fondre, mais tout de même, début avril, à la même latitude que Madrid!

         Autre étonnement, coïncidant avec cette sorte de frontière climatique, les maisons ont changé d’aspect. On ne voit presque plus les toits typiques, avec leurs nervures concaves tournées vers le haut. Pour un peu on se croirait en Norvège, avec des formes droites et des murs colorés. Ce sera encore plus net sur Hokkaidô.

         Bref, comme pour passer de France en Angleterre, le train demande une vingtaine de minutes avant de ressortir derrière l’autre rivage. Après avoir longé en partie la côte de l’Océan Pacifique, on arrive à Hakodate. Dans cette île, beaucoup moins peuplée que le Japon central et méridional, avoir 300 000 habitants fait mériter l’appellation de grande ville. Celle-ci s’étale sur une presqu’ile que domine un piton faisant un peu penser à Gibraltar. De ce point haut, que je ne me suis pas privé d’atteindre grâce à un téléphérique, la vue est intéressante.

         En se baladant en ville, près du port, on se rend compte que la pêche y constitue un secteur d’activité important. Autre curiosité, le nombre et la diversité des églises. Certes le Japon n’en est pas dépourvu, même si, très majoritairement, sa population est tournée vers le Bouddhisme et le Shintoïsme, mais, à Hakodate, leur concentration ne passe pas inaperçue. Cela concerne le christianisme dans toutes ses variantes. Et, bien sûr, on n’est pas surpris d’y trouver le culte orthodoxe, témoignant d’une proximité évidente avec le monde russe.

         J’avais programmé de passer deux nuits à Hakodate, avec l’idée de profiter de la journée intermédiaire pour faire un aller et retour à Sapporo, ville rendue célèbre par les Jeux Olympique d’Hiver qui s’y sont tenus il a quelques décennies déjà. J’ai effectivement respecté cette prévision en me hissant à bord du Super-Hokuto, un express automoteur diesel qui fait de son mieux pour ne pas trop allonger un temps de parcours pénalisé par les méandres côtiers de la ligne. Il faut plus de trois heures pour joindre les deux villes qui, à vol d’oiseau, sont à moins de 200km l’une de l’autre.

         Sapporo n’a rien de vraiment touristique, avec ses rues tracées à angle droit et ses constructions contemporaines. Mais c’est la principale cité de l’île, avec 1,5 millions d’habitants. Il est amusant d’y voir avec quel soin on y emmaillote les plantations pour leur faire passer correctement les longs hivers. Cela dit, en été, les amateurs épris de nature et de grands espaces devraient se sentir heureux plus au nord et à l’est de l’île de Hokkaidô.

         Le 3 avril, j’ai repris l’express Hatsukari jusqu’à Aomori, ce qui m’a fait franchir le Seikan une deuxième fois. Et là, petite angoisse, en plein milieu du tunnel, la train s’arrête. Oui, mais dans une sorte de station aménagée pour que du personnel de maintenance, vraisemblablement, puisse emprunter certains convois.

         Changement de train et direction Akita, ville du Nord de Honshû, sur la côte de la mer du Japon, où la densité de population est sensiblement plus faible que sur la côte du Pacifique. Peu après avoir quitté Aomori, il faut battre en brèche l’idée toute faite selon laquelle le Japon est à la limite du surpeuplement. On en convient quand on découvre les champs et vergers qui s’étalent à perte de vue, avec, de temps à autre, un village, comme dans la « France profonde ».

         16h 22mn, comme indiqué sur l’horaire, l’express Kamoshika arrive à Akita, ville où je me limiterai à passer une soirée et une nuit. En attendant, petite promenade au soleil couchant, sans entrevoir la moindre personne qui n’ait pas les yeux bridés. Et pourtant, en quête d’un restaurant proche de la gare, la nuit déjà tombée, je suis intrigué par ce qui se passe derrière moi. Des Japonais entrent et sortent d’une boutique grandement éclairée, une boulangerie-pâtisserie, avec pains et gâteaux, comme chez nous! Et pour cause, l’enseigne du magasin est en français: Le bon goût.

         Au passage, autre idée toute faite à bannir, celle selon laquelle les hôtels japonais n’ont que des chambres de dimension réduite. Là où j’étais hébergé, tout y était vaste, bien plus que dans certains hôtels européens. Et pour trois fois moins cher qu’à Kyôto!

         Le lendemain, départ à 8h44mn, en direction de Niigata, la ville la plus peuplée de cette côte, plus au sud. Changement de train. On poursuit sur Toyama, toujours au bord de la mer du Japon, dont le paysage côtier offre parfois des similitudes avec le Vietnam. Nouveau changement et embarquement pour l’express qui me déposera à Kyôto un peu après 19 heures.

         Le périple « circumjaponais » s’achève. C’est sans regret à ce stade puisque, depuis Toyama, la pluie est entrée dans la danse, elle qui s’était fait singulièrement absente depuis le début! Et puis, depuis mon passage à Kanazawa, il fait nuit (au Japon, on suit beaucoup plus l’heure solaire qu’ici).

         Le lendemain, 5 avril, cap sur l’aéroport du Kansai, et retour vers Paris par la Sibérie, constamment dans le jour, puisque, en volant d’est en ouest, on va à la rencontre du soleil. A l’aller, j’avais eu droit à la succession d’un après-midi, d’une nuit et d’une matinée, à rythme accéléré. Je dois avouer, d’ailleurs, que ce voyage d’ouest en est m’a créé beaucoup plus de trouble de décalage horaire que lors du retour.

 

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exotismeTrès loin de Conliège...au pays où le Soleil
se lève 8 heures plus tôt

SOUVENIRS DE 2003

 

Deux semaines

 

                        5800  km dans les trains japonais

 

                                                        Et jamais une minute de retard!

coup d'oeil express

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